La légende de l' arbre à pain
Par tOurmaline le lundi, avril 7 2008, 14:07 - végétal - Lien permanent
L' Imaginaire polynésien. Réalités, mythe et légendes à Tahiti.
Pendant une saison de dure famine, le vieux Teae, prêtre et Arioï, s’était sacrifié pour sauver son peuple. Oro l’avait transfiguré, après des rites, en un grand arbre fécond. Les haere po (1) chantaient cette histoire prodigieuse, et cela sur une mélodie rythmée et joyeuse, cela résumait l’histoire de cet arbre :
Teae, voyant que la famine perdurait, réunit les hommes de sa terre, les hommes maigres et desséchés ; les femmes aux seins taris ; et les enfants affamés.
- E aha !Teae
Teae leur dit :
- Je vais monter dans la vallée. Je parlerai à Te Fatu le maître des parlers puissants. Allons ensemble dans la vallée.
- E rahi ! Teae.
Ils le suivirent. Les torrents avaient soif, et la grande Punaruu descendait, goutte à goutte, dans son lit de cailloux secs.
Derrière eux venaient des cochons maigres, réservés pour la faim des derniers jours.
- Ahe !Teae.
Comme ils arrivaient au mont Tamanu, qui est le centre de l’île, Teae leur dit : creusez dans la terre un grand trou. Lorsqu’ils finirent :
- A rahi ! Teae.
Teae descendit dans ce trou ! Il invoqua Te Fatu le maître, sur un ton suppliant. Il se tenait immobile, bras levés, jambes droites.
- Ahe ! Teae.
Le torse nu de Teae se durcit autant qu’un gros arbre. La peau devint écorce rude. Les pieds divisés, s’enracinèrent dans le sol ingrat. Plus que tout homme le vieillard grandissait.
- E ara ! Teae.
Ses deux bras devinrent dix branches. Puis vingt, puis cent, puis des centaines. Ses mains se transformèrent en feuilles palmées offrant aux affamés de beaux fruits inconnus.
- Atae ! Teae.
Les gens de Tahiti s’en rassasièrent, disant : cela est bon. Et cet arbre était le Uru, qui depuis nourrit la grande île, et la presqu’île, et toutes les terres au-dessus de l’horizon.
- Aue ! Teae.
1. Récitant, détenteur du savoir transmis oralement.
Victor SEGALEN

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